Arish, le jeune carthaginois, au musée de l’AUB

Arish©OLJ

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Un article de May Makarem dans l’Orient-le Jour.

Depuis le temps qu’on l’attendait, il débarque enfin de Tunis !

Leila Badre, directrice du musée de l’AUB, est fière d’annoncer l’arrivée du jeune homme, baptisé Arish, le « bien-aimé des dieux » en langue phénicienne de Carthage.

La salle d’exposition temporaire du musée de l’AUB grouille d’ouvriers : on construit la tombe où sera logé du 29 janvier au 26 février cet hôte de prestige. Il sera installé dans le mobilier funéraire qui l’accompagne pour son séjour, dont une intaille de Calcédoine en forme de scarabée, une série d’amulettes représentant des divinités et des symboles égyptiens, une lampe punique symbolisant la lumière, source de vie, deux amphores, des cabochons en ivoire ayant servi probablement de décor à une boîte en bois, et les ossements d’une oie domestique. Des objets qui ont permis de dater la sépulture de la fin du VIe siècle ou des environs de 500 avant J.-C. Selon les indications de Leila Sebaï, directrice de recherches à l’Institut national du patrimoine tunisien, « la finesse du scarabée, le lieu de sépulture – au sommet de la colline de Byrsa à Carthage –, la grande tombe construite dans un beau matériau au creux d’un profond puits d’accès, lui-même tapissé de pierres, laissent penser que le défunt appartenait à une classe sociale assez aisée ».

Un mannequin hyperréaliste
Arish est une reconstitution anthropométrique d’un squelette « intact et complet » mis au jour en 1994 par l’archéologue français Jean-Paul Morel, sur la colline de Byrsa, « un des lieux les plus élevés de Carthage, qui domine la mer et qui a servi de nécropole au moment où les Phéniciens venaient de s’installer aux VIe et VIIe siècles avant Jésus-Christ ».
La reconstruction « intégrale » de la physionomie d’Arish a été réalisée par la paléo-plasticienne de renommée internationale la Française Élisabeth Daynès, qui a combiné art, science et technologie, pour redonner un visage et un corps au défunt.

Le Méditerranéen
L’étude des ossements, découverts en très bon état de conservation, a permis d’évaluer l’âge du défunt entre 19 et 24 ans. On sait aussi qu’il n’a pas connu une mort violente, son squelette étant resté intact. Peut-être a-t-il été emporté par la maladie.

Mesurant 1,70, il présente un crâne plutôt long, un front large, une face relativement étroite, un nez fin et un menton carré. Et, toujours selon Leila Sebaï, « il a toutes les caractéristiques d’un Méditerranéen, de type espagnol ou peut-être égyptien, du Moyen-Orient, ou même berbère ». Et comme le souligne aussi Leila Sebaï, Carthage était un important comptoir commercial et le petit groupe de Phéniciens en provenance de Tyr, au Liban, qui a fondé la ville vers 814 avant Jésus-Christ, s’est mélangé aux populations autochtones berbères et, par la suite, a eu beaucoup d’échanges avec des gens venant d’Égypte, de Grèce, de la péninsule Ibérique, voire de la Sicile et de Rome. Seuls les tests génétiques qui seront réalisés à l’avenir permettront de savoir à quel groupe précis appartenait Arish et quelles étaient les couleurs de sa peau, de ses cheveux et de ses yeux.

Les Libanais ont toujours rêvé, plus ou moins secrètement, de connaître l’apparence physique de leur ancêtre phénicien. Eh bien, cela est désormais chose faite, grâce à la science et à la magie de l’art, et grâce, surtout, à cette exposition d’ores et déjà sollicitée par de nombreux pays.

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