Les Phéniciens en « odeur de sainteté ».

La Route des Phéniciens © itinéraires culturels du Conseil de l’Europe

Il fut un temps où, nous autres professeurs d’histoire étions obligés de faire des polycopies afin de pouvoir intégrer les Phéniciens dans les programmes francophones. Certaines éditions réservaient la période de l’Antiquité aux seuls Égyptiens, Hébreux, Grecs, Romains et, si le temps le permettait, aux civilisations de l’Extrême Orient toutes confondues. Néanmoins, les Sumériens, Assyriens, Babyloniens, Akkadiens, Hittites, Cananéens, Phéniciens, … n’étaient pas « en odeur de sainteté » et de ce fait, ne méritaient pas d’être retenus au programme. Disons-nous le « politiquement correct » influençait indirectement la sélection éducative ? Que sais-je !

Quand l’aventure de notre site à démarrer, en l’an 2000, dans le bouquet général du site « Histoire.org », ce fut pour nous une tentative de combler ce vide autour d’un peuple millénaire, relégué aux oubliettes. Il était devenu, au fil des siècles, méconnu et marginalisé, mis à part les études scientifiques spécialisées des centres de recherches universitaires. Pour nous, c’était une question de transmission, à notre petite échelle, une « vulgarisation » voulue pour approcher le plus grand nombre d’internautes, à la recherche de peuple perdu !

En avril 2003, notre propre site Pheniciens.com vit le jour, conséquence de l’évolution des choses ainsi que la fermeture du bouquet « histoire.org ». Cette volonté d’indépendance nous accompagne depuis, étant donné la sensibilité historique liée au sujet. Appelés « Phéniciens », groupés sous une seule nomination, les cités du littoral cananéen, ont su s’adapter avec les vagues de passages multiples et les civilisations successives. Désormais, elles forment indéniablement une des strates, fondatrice et incontournable, de l’histoire du Liban actuel. Cet État, créé en 1920, devenu indépendant en 1943 et frappé de plein fouet par une guerre fratricide en 1975. Évoquer la période phénicienne reste un sujet pointu, pour ne pas dire un fait, susceptible d’enflammer les passions … Il est tout sauf anodin. Un thème souvent instrumentalisé ou faussement incriminé, pour des raisons politiques, pire, idéologiques.

Grâce au Conseil de l’Europe avec ses itinéraires culturels, dont la fameuse « Route des Phéniciens », aujourd’hui tout le monde chante les louanges de ces mêmes Phéniciens. Un rapide historique de ce projet s’impose.

En 1960, un groupe de travail du Conseil de l’Europe met en évidence l’importance de « la prise de conscience collective des hauts lieux culturels de l’Europe et de leur incorporation dans la civilisation des loisirs« . En 1987, le premier Itinéraire voit le jour, celui des Chemins de Saint Jacques de Compostelle. Le Conseil de l’Europe développe à partir de ce moment une certification des itinéraires qui présentent un intérêt historique, social et culturel tout en facilitant le rapprochement des peuples et cultures d’Europe. (Ces critères furent actualisés en 1998, 2007 et 2013).

« Le Programme des Itinéraires Culturels est une invitation à voyager et à découvrir le patrimoine riche et diversifié de l’Europe, rassemblant des personnes et des lieux dans des réseaux d’histoire et de patrimoine partagés, afin de mettre en pratique les valeurs du Conseil de l’Europe : droits de l’homme, diversité culturelle, dialogue interculturel et échanges mutuels transfrontaliers« .

En 1998, l’Institut européen des itinéraires culturels (IEIC) était créé dans le cadre d’un accord politique entre le Conseil de l’Europe et le Grand-Duché de Luxembourg qui réglementait l’action de cette institution en 49 pays signataires de la Convention, qui ont eu et ont encore des relations directes avec le continent européen. L’IEIC est également chargé de participer à des programmes européens de formation, de recherche et d’analyse, axés sur le tourisme culturel à la fois pour la Commission Européenne, les gouvernements et les responsables des projets publics et privés.

Aujourd’hui, il y a 31 itinéraires culturels avec plusieurs thèmes représentés : de l’architecture et du paysage aux influences religieuses, de la gastronomie et du patrimoine immatériel aux grandes figures de l’art, de la musique et de la littérature européennes.

Deux itinéraires incluent le Liban:

  • La Route des phéniciens, créée en 2003 et regroupant les pays suivants : Algérie, Chypre, Croatie, Égypte, Espagne, France, Grèce, Italie, Liban, Libye, Malte, Maroc, Portugal, Royaume-Uni, Syrie, Territoires Palestiniens, Tunisie, Turquie.
  • La Route de l’Olivier, créée en 2005 et regroupant les pays suivants : Albanie, Algérie, Bosnie-Herzégovine, Chypre, Croatie, Égypte, Espagne, France, Grèce, Italie, Jordanie, Liban, Libye, Malte, Maroc, Portugal, Serbie, Slovénie, Syrie, Tunisie, Turquie.

La Route des Phéniciens représente la connexion des grandes routes maritimes empruntées, depuis le XIIe siècle av. J.-C., par les Phéniciens, comme voies de communication, commerciales et culturelles, en Méditerranée. Ces routes sont devenues une partie intégrante et fondamentale de la culture méditerranéenne et les Phéniciens incarnent, aujourd’hui, un modèle d’interculturalité sur lequel se base un « Itinéraire Culturel du Conseil de l’Europe », qui traverse les pays de 3 continents et plus de 80 villes d’origine phénicienne.

Les objectifs principaux de l’Itinéraire sont de promouvoir la culture méditerranéenne et de renforcer, entre les pays de la Méditerranée, les liens historiques et socioculturels que les Phéniciens établirent le long des routes maritimes suivies, des sites et des comptoirs. Les villes des Phéniciens deviennent ainsi les étapes d’un voyage tout autour de la Méditerranée, durant lequel s’échangent objets, connaissances et expériences. Pour ce faire, la Route des Phéniciens développe un réseau de sites archéologiques, ethno-anthropologiques, culturels et naturels et active un réseau d’échanges culturels entre les peuples et pays d’une Méditerranée qui témoigne, encore aujourd’hui, de ses civilisations antiques, nous démontrant comment le passé peut nous aider à comprendre notre futur.

Parmi ces sites, élevés au rang d’ »emporium » internationaux, on peut citer Mozia, Palerme, Solunto et Selinonte en Sicile, Cagliari, Nora, Sulky et Tharros en Sardaigne, Cadix, Málaga et Ibiza, au sud de l’Espagne, Tasos, Crète et Rhodes en Grèce, Malte, Chypre, de nombreuses villes du Maghreb et enfin la capitale d’un immense empire commercial, Carthage. S’ajoutent à la liste les villes de Carthagène, Barcelone, Perpignan, Tuoro et d’autres lieux qui rappellent de l’entreprise épique d’Hannibal, le célèbre général punique.

 

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