Vers une nouvelle loi de protection du patrimoine

©Sana Kanaan

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Dirons-nous que le pays du cèdre a enfin pris conscience de la richesse de son Patrimoine ? De l’intérêt de le préserver à travers de bonnes lois ? De répondre à l’engouement immobilier, tout en respectant le droit de chacun, sans favoritisme pour les uns ni lésion ou préjudice pour les autres ? Dans tous les cas nous souhaitons sincèrement que les effets d’annonces, qui circulent depuis peu, soient plus proches de la réalité.

Plusieurs associations culturelles ainsi que des organisations non gouvernementales ont pris à leur charge d’être des éclaireurs, des lanceurs d’alertes, des sauveurs de mémoires, pour pallier au rôle quasi invisible des responsables officiels.

Faute de moyens financiers, de clairvoyance, d’engagement citoyen ou tout simplement copinage, traitement de faveur et passe-droits ?

Désormais, les responsabilités, de chacun et de tous, sont engagées pour la protection de ces trésors nationaux. Depuis quelques décennies, la situation du pays, les scandales liés aux vols, le commerce illégal aussi bien que le pillage des vestiges, ont démontré le manque d’organisation de l’État Libanais et ses ministères concernés dans l’établissement d’un répertoire des trésors archéologiques. L’affaire de la tête de taureau de Byblos a réveillé les consciences et placé chacun face à son engagement citoyen.

Nous assistons en ce moment à un regain d’intérêt pour « normaliser » les structures et les lois, dont celles en faveur du patrimoine architectural. Avant, on achetait un bien (à des prix mirobolants), on détruisait la vieille structure, on autorisait quelques fouilles rapidement bâclées et on construisait un gratte-ciel, bien plus rentable.

Pourquoi pas, diront certains !! Certes.  Une ville, surtout une capitale, est vouée au développement urbanistique au fil du temps, elle vit et se métamorphose avec l’évolution générale de son siècle, nonobstant, pas au détriment de son passé ni de son patrimoine architectural.

Pour le bonheur de tous, le ministère de la culture œuvre actuellement dans ce sens. Le 12 octobre dernier, le gouvernement libanais a approuvé un nouveau texte de loi relatif à la protection du patrimoine et des sites archéologiques.

La nouveauté du texte réside dans le fait qu’il introduit un système de compensation pour les propriétaires de biens anciens. Ainsi, ils ne seront plus lésés par les interdictions de démolir. Le texte adopté offre la possibilité aux propriétaires de revendre leurs droits de construction à un tiers.

Ces biens immobiliers sont soumis à la loi de 1933 sur les vestiges, qui donne la prérogative au ministère de la Culture de décider au cas par cas si le bien-fonds entre ou non dans le classement général des bâtiments patrimoniaux, et si, par conséquent, il peut ou non être démoli. Cette loi est devenue obsolète, ne sauvegardant que les constructions antérieures au XVIIème siècle. Depuis plusieurs années, les militants pour la protection du patrimoine libanais déplorent que les anciennes maisons et palais beyrouthins soient progressivement remplacés par des tours luxueuses et des complexes hôteliers. On estime que le nombre de demeures traditionnelles aurait chuté de 1200 à 400 entre 1995 et 2010. (Cf. OLJ et lepetitjournal.com Beyrouth).

Ce que le nouveau texte apporte, c’est de permettre désormais au propriétaire, qui n’a pu obtenir l’autorisation de démolition ou d’aménagement, de pouvoir transférer à autrui le coefficient d’exploitation de son terrain.

Prenons l’exemple d’un propriétaire qui possède un bien, dans un quartier où les nouvelles réglementations autorisent de construire jusqu’à douze étages, si ce bien est considéré comme un site protégé (site archéologique, immeuble classé …), sur lequel aucune autorisation d’aménagement n’est accordée, le propriétaire a désormais une alternative. Il aurait la possibilité de céder ses droits à un tiers, possédant un terrain dans une zone non protégée. Donc, le bien ancien pourra être sauvegardé sans pour autant désavantager son propriétaire.

Toutes ces nouvelles nous rassurent, nous réconfortent, de voir l’État redevenir « souverain », contrôlant, autant que possible, ses richesses culturelles, son patrimoine et sa respectabilité vis-à-vis des instances internationales. Chaque citoyen, vivant au Liban ou à l’étranger, ne peut que s’enorgueillir de ces mesures fortes et souhaiter leur application dans les plus brefs des délais.

 


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