Les Phéniciens et l’Amérique

Inscription phénicienne de Parahyba publiée par C.H.Gordon

Un sujet qui passionne chercheurs, archéologues et historiens depuis des années et dont nous avons parlé à plusieurs reprises sur les pages de ce blog. Beaucoup ont avancés l’idée de la présence des Phéniciens dans cette lointaine contrée, échoués au hasard de leur périple. Pour certains, ils sont arrivés bien longtemps avant Christophe Colomb, comme le signalait Heinke Sudhoff dans son livre, « Sorry Columbus. Seefahrer der Antike entdecken Amerika »(1). En 2017, le Père Emile Eddé revient à la charge et publie, Les Phéniciens ont-ils découvert l’Amérique ?

Quelle est la part de vérité dans cette hypothèse ? Cette traversée aurait-elle pu se faire avec les moyens dont ils disposaient à l’époque ? La fameuse inscription phénicienne de Parahyba, longtemps controversée, refait son apparition, de temps à autre, et intrigue par sa dédicace.

La réponse a été scientifiquement définie par Maria Giulia Amadasi Guzo, dans le livre collectif Les Phéniciens, Editions Stock, 1997, sous la direction de Sabatino Moscati. Livre catalogue, publié à l’occasion de l’exposition les Phéniciens qui a eu lieu au Palazzo Grassi à Venise en 1988.

A la page 657, Les Phéniciens en Amérique, M.G. Amadasi-Guzo explique que cette inscription fut publiée pour la première fois en 1874 par L. Neto, alors directeur du Musée national de Rio de Janeiro. Elle aurait été découverte près de Parahyba, aujourd’hui João Pessoa, dans le nord du Brésil. Envoyée en 1872 à l’Institut historique et géographique brésilien, elle fut taxée de faux. En 1968, elle fut réexaminée par C.H.Gordon, un sémitisant réputé, qui en confirma l’authenticité, en s’appuyant sur certains vocables et constructions syntaxiques proches de celles découvertes à Ougarit.

La traduction proposée par C.H. Gordon est la suivante : » Nous sommes les fils de Canaan, [venant de] Sidon, la ville du roi. Le commerce nous a jetés sur cette côte lointaine, un pays de montagnes. Nous avons sacrifié un adolescent aux [dieux] très hauts et aux [déesses] très hautes en l’an dix-neuvième d’Hiram, notre puissant roi. Nous nous sommes embarqués à Ezion-Gaber, sur la mer Rouge, et nous avons voyagé avec dix navires. Nous sommes restés ensemble en mer pendant deux ans, autour du pays de Cham [l’Afrique]; mais nous fûmes séparés par la tempête [littéralement : par la main de Baal], et nous ne fûmes plus avec nos compagnons. C’est ainsi que nous sommes arrivés, douze hommes et trois femmes, sur cette côte […] que moi, l’amiral, je contrôle. Puissent les [dieux] très hauts et les [déesses] très hautes nous être favorables ! »

Après études et analyses, cette inscription n’obtînt jamais l’aval des scientifiques. Le contexte de sa découverte coïncide avec d’autres découvertes d’inscriptions phéniciennes et un contexte d’engouement pour cette civilisation qui favorisa les fausses inscriptions. Ces dernières furent inspirées, entre autre, par le périple de Hannon, le voyage d’Ophir ainsi que d’autres récits de l’antiquité.

M.G. Amadasi-Guzo conclut son analyse en précisant qu’à l’époque de la découverte de cette inscription, l’empereur Pedro II régnait au Brésil, un lettré particulièrement passionné de langues sémitiques. Il est possible qu’un érudit de sa cour ait lui faire plaisir  avec cette découverte sur le sol brésilien. Néanmoins, l’original sur pierre n’a jamais été trouvé, malgré les efforts de L.Neto. L’affaire fut étouffée, peut-être parce qu’elle mettait en cause le milieu cultivé. Quoi qu’il en soit, cette inscription a jeté un pavé dans la mare et continue, à ce jour, de susciter le questionnement.

Est-ce alors une légende ou une vérité historique ? C’est le nouveau défi que s’est lancé Philip Beale et son équipage. Après avoir effectué, en 2010, la circumnavigation de l’Afrique et prouver la véracité historique de ce périple, la nouvelle expédition, « Phoenicians before Columbus », se prépare depuis quelque temps et compte sur les subventions et le mécénat pour se concrétiser.

 

  • Livre paru en 1991 et traduit en français sous le titre : « La découverte de l’Amérique aux temps bibliques », aux éditions du Rocher en 1994.

 


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